en passant ;)
Posté : 06 oct. 2004 15:39
Bonjour à toutes et à tous
Je vous livre ici un extrait d'un article qui m'a parru pertinent et accessible et qui concerne la cyber dépendance. Je pense que sa lecture peut être instructive.
La psychologie amorce à peine sa compréhension de ce qui se "joue" dans les mondes massivement multijoueurs mais comme vous en l'ignorez pas, les thérapeuthes sont déjà sollicités par des personnes s'étant perdues dans l'espace virtuel.
Bonne lecture et n'hésitez pas à me contacter si vous voulez l'article dans son intégralité.
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Interview du Dr. Jean-Charles Nayebi, spécialiste en psychologie clinique et pathologique
“La réalité est la première victime de la cyber-dépendance. Elle isole et rend l’addict inefficace dans sa vie”
Libé: Dans le domaine de la psychologie, il s’avère parfois difficile de distinguer entre conduites sociales déviées et réelles psychopathologies. Selon vous, où commence la cyberdépendance?
Jean-Charles Nayebi: En effet dans ce domaine la distinction est difficile à opérer. Ceci tient du fait que la psychologie se veut la science qui étudie la conduite humaine et celle-ci, comme chacun le sait, est très complexe. Cette difficulté que vous évoquez est bel et bien présente dans les travaux sur la cyberdépendance. Bon nombre d’études sur le sujet souffrent de l’absence de distinction entre l’usage excessif, l’usage abusif, l’usage compulsif et l’usage dépendant de l’Internet. Ce ne sont pas les mêmes choses ni dans le diagnostic ni dans le traitement des troubles cyberaddictifs. Pour moi la cyberdépendance commence dans le passage de l’usage compulsif à l’usage dépendant, c’est-à-dire, lorsque l’internaute, à force de s’adonner aux plaisirs procurés par connexion au réseau, arrive à désorganiser sa vie familiale , sociale et professionnelle. Pour le cyberdépendant la connexion à l’Internet n’est plus une activité parmi d’autres mais celle-ci devient le centre principal de ses intérêts. Il y a une centralité de l’Internet qui s’installe dans sa vie et progressivement d’autres occurrences de sa vie deviennent accessoires et périphériques. Il modifie ses horaires et ses loisirs pour pouvoir “surfer” sur le web. Le cyberdépendant éprouve une angoisse massive s’il ne peut se connecter.
Libé:Considérez-vous la cyberdépendance comme une forme moderne d’addiction? Le Net est-il en train de devenir une drogue virtuelle pour certains internautes?
Jean-Charles Nayebi: Effectivement nous pouvons parler d’une addiction moderne. L’addiction est, en quelque sorte, une attitude distordue vis-à-vis d’une substance, d’un objet ou une chose. C’est en même temps une gestion inadéquate et dirigée de l’angoisse. Les profils les plus connus de l’addiction comme à l’alcool, à la
nourriture, à d’autres substances ont ceci en commun que l’addict emprunte cette attitude distordue et démesurée pour se défaire d’une angoisse profonde. Il y a un besoin et une réponse inadéquate à ce besoin. C’est cette inadéquation qui finit par devenir problématique dans la vie des personnes addictes et motive des consultations dans nos cabinets. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, cette forme de dépendance est moins moderne par la technicité de l’outil Internet que par sa non-substantialité. C’est dans ce sens que le terme de drogue virtuelle ne me pose pas de problème. Il s’agit là d’une “expression usuelle” car, dans les faits, Otto Fenichel en 1949 parlait déjà des “toxicomanies sans drogues”. Les formes les plus connues de l’addiction sont liées à l’ingestion d’une substance, ce qui n’est pas le cas de la cyberaddiction. Le net est déjà devenu une drogue virtuelle pour certains internautes. Les dégâts causés par cette forme d’addiction sur la vie familiale, sociale et professionnelle sont comparables à ceux causés par une toxico-dépendance. Je compare souvent l’Internet à une pelle et une pioche : on peut s’en servir pour construire et c’est souhaitable mais on peut également s’en servir pour démolir. Il ne faut pas que la désignation contextuelle de “drogue” engendre une peur du Net dans l’esprit de vos lecteurs. C’est la disposition Manichéenne du psychisme humain qui fait qu’un outil de communication peut être considéré comme cause d’un trouble psychique de cette nature et non l’outil en question.
Libé:Quel est le profil du cyberdépendant?
Jean-Charles Nayebi: Il y a un profil commun à tout cyberdépendant. C’est la prédisposition à la phobie sociale accompagnée d’une angoisse omniprésente. Au-delà du profil commun, on dégage quatre profils principaux. Le premier profil est celui du cybersexdépendant. Trois sous-groupes se dégagent de ce premier profil : le cyber-fétichisme avec les paraphilies sexuelles, puis le cyber-voyeurisme avec les échanges des photos pornographiques, la vision des séquences de Net-Vidéo sur le réseau; le dernier de ces sous-groupes est le cyber-exhibitionnisme qui consiste à placer des Net-Cams dans son foyer, salle de bain par exemple, et de diffuser des images plus ou moins intimes de sa vie à travers le net. Le deuxième profil est bien celui de cyber-game-dépendant. L’addiction s’opère à travers l’excitation que provoque le jeu en réseau. Deux sous-groupes de ce profil sont d’abord le jeu de combat, de logique et d’énigmes sur le réseau dans lequel le dépendant doit résoudre des problèmes en exerçant sa pensée obsessionnelle, puis, les jeux de hasard avec des casinos virtuels et loterie en ligne réservés à un profil identique à ceux qui jouent dans le monde réel et non virtuel. Le troisième profil de cyberdépendant est la cyber-épistémophilie. Je dois préciser que tout internaute traverse une phase de cyber-épistémophilie lors de ses premières prises de contact avec le web. Il y a un mélange de pensée magique infantile et la curiosité personnelle qui incite à surfer à travers la toile, un peu partout, jusqu’à ce que l’internaute débutant se spécialise dans ses recherches sur le web ; à la suite de cette spécialisation, l’internaute va de plus en plus consulter les sites en rapport avec ses centres d’intérêt. Il existe un profil cyberdépendant qui va plus loin, transpose cette phase sur quelque chose de plus morbide et constitue une addiction. Les sous-groupes de ce profil sont d’abord celui des sciences et technologies puis les passionnés de musique et de l’art. Les premiers sont à l’affût des nouvelles sur, par exemple, une ombre enregistrée sur la planète Mars par un télescope spatial, ou des avancées technologiques et des rumeurs qui sont associées à ces éléments; les pirates informatiques constamment à la recherche de décodage des systèmes informatiques protégés ou introduisant des virus informatiques dans les programmes, etc. Là, nous touchons le domaine de la légalité et de la cyber-délinquance. Le deuxième sous-groupe du profil cyber épistémophile est celui des passionnés de la musique, d’extraits de bandes sonores et d’actualités artistiques en général. Le 4ème et dernier profil cyberdépendant est le cybertalkdépendant. Sans doute majoritaire dans la cyberaddiction, ces personnes passent à un temps considérable sur les “chat”, les “news-group”, sur les logiciels de discussion du style ICQ, M S N messenger, Aol messenger, CU see me, etc. Je ne définis pas de sous-groupe pour ce dernier profil car ces cyberdépendants utilisent le plus souvent plusieurs de ces outils à la fois; c’est une recherche exacerbée de la communication avec les autres internautes. Paradoxalement si l’Internet permet de mieux vivre son isolement social, dans le cadre de ses cyberdépendants, ce “mieux vivre” facilite l’exclusion totale du corps de la recherche de communication et devient un facteur de renforcement pathologique. C’est vraiment très difficile à soigner car la claustration se renforce à mesure que l’isolement se prolonge.
Libé: Y-a-t-il une catégorie d’internautes qui soit disposée plus que d’autres à développer une cyberdépendance?
Jean-Charles Nayebi: C’est difficile de répondre précisément à cette question par manque de recul suffisant. En revanche, ce que l’on peut dire c’est que tout internaute ayant des troubles anxieux sous forme de prédisposition à la phobie sociale a plus de risques de développer une cyberdépendance, les jeunes et les personnes vivant seules étant les plus exposées.
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Je vous livre ici un extrait d'un article qui m'a parru pertinent et accessible et qui concerne la cyber dépendance. Je pense que sa lecture peut être instructive.
La psychologie amorce à peine sa compréhension de ce qui se "joue" dans les mondes massivement multijoueurs mais comme vous en l'ignorez pas, les thérapeuthes sont déjà sollicités par des personnes s'étant perdues dans l'espace virtuel.
Bonne lecture et n'hésitez pas à me contacter si vous voulez l'article dans son intégralité.
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Interview du Dr. Jean-Charles Nayebi, spécialiste en psychologie clinique et pathologique
“La réalité est la première victime de la cyber-dépendance. Elle isole et rend l’addict inefficace dans sa vie”
Libé: Dans le domaine de la psychologie, il s’avère parfois difficile de distinguer entre conduites sociales déviées et réelles psychopathologies. Selon vous, où commence la cyberdépendance?
Jean-Charles Nayebi: En effet dans ce domaine la distinction est difficile à opérer. Ceci tient du fait que la psychologie se veut la science qui étudie la conduite humaine et celle-ci, comme chacun le sait, est très complexe. Cette difficulté que vous évoquez est bel et bien présente dans les travaux sur la cyberdépendance. Bon nombre d’études sur le sujet souffrent de l’absence de distinction entre l’usage excessif, l’usage abusif, l’usage compulsif et l’usage dépendant de l’Internet. Ce ne sont pas les mêmes choses ni dans le diagnostic ni dans le traitement des troubles cyberaddictifs. Pour moi la cyberdépendance commence dans le passage de l’usage compulsif à l’usage dépendant, c’est-à-dire, lorsque l’internaute, à force de s’adonner aux plaisirs procurés par connexion au réseau, arrive à désorganiser sa vie familiale , sociale et professionnelle. Pour le cyberdépendant la connexion à l’Internet n’est plus une activité parmi d’autres mais celle-ci devient le centre principal de ses intérêts. Il y a une centralité de l’Internet qui s’installe dans sa vie et progressivement d’autres occurrences de sa vie deviennent accessoires et périphériques. Il modifie ses horaires et ses loisirs pour pouvoir “surfer” sur le web. Le cyberdépendant éprouve une angoisse massive s’il ne peut se connecter.
Libé:Considérez-vous la cyberdépendance comme une forme moderne d’addiction? Le Net est-il en train de devenir une drogue virtuelle pour certains internautes?
Jean-Charles Nayebi: Effectivement nous pouvons parler d’une addiction moderne. L’addiction est, en quelque sorte, une attitude distordue vis-à-vis d’une substance, d’un objet ou une chose. C’est en même temps une gestion inadéquate et dirigée de l’angoisse. Les profils les plus connus de l’addiction comme à l’alcool, à la
nourriture, à d’autres substances ont ceci en commun que l’addict emprunte cette attitude distordue et démesurée pour se défaire d’une angoisse profonde. Il y a un besoin et une réponse inadéquate à ce besoin. C’est cette inadéquation qui finit par devenir problématique dans la vie des personnes addictes et motive des consultations dans nos cabinets. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, cette forme de dépendance est moins moderne par la technicité de l’outil Internet que par sa non-substantialité. C’est dans ce sens que le terme de drogue virtuelle ne me pose pas de problème. Il s’agit là d’une “expression usuelle” car, dans les faits, Otto Fenichel en 1949 parlait déjà des “toxicomanies sans drogues”. Les formes les plus connues de l’addiction sont liées à l’ingestion d’une substance, ce qui n’est pas le cas de la cyberaddiction. Le net est déjà devenu une drogue virtuelle pour certains internautes. Les dégâts causés par cette forme d’addiction sur la vie familiale, sociale et professionnelle sont comparables à ceux causés par une toxico-dépendance. Je compare souvent l’Internet à une pelle et une pioche : on peut s’en servir pour construire et c’est souhaitable mais on peut également s’en servir pour démolir. Il ne faut pas que la désignation contextuelle de “drogue” engendre une peur du Net dans l’esprit de vos lecteurs. C’est la disposition Manichéenne du psychisme humain qui fait qu’un outil de communication peut être considéré comme cause d’un trouble psychique de cette nature et non l’outil en question.
Libé:Quel est le profil du cyberdépendant?
Jean-Charles Nayebi: Il y a un profil commun à tout cyberdépendant. C’est la prédisposition à la phobie sociale accompagnée d’une angoisse omniprésente. Au-delà du profil commun, on dégage quatre profils principaux. Le premier profil est celui du cybersexdépendant. Trois sous-groupes se dégagent de ce premier profil : le cyber-fétichisme avec les paraphilies sexuelles, puis le cyber-voyeurisme avec les échanges des photos pornographiques, la vision des séquences de Net-Vidéo sur le réseau; le dernier de ces sous-groupes est le cyber-exhibitionnisme qui consiste à placer des Net-Cams dans son foyer, salle de bain par exemple, et de diffuser des images plus ou moins intimes de sa vie à travers le net. Le deuxième profil est bien celui de cyber-game-dépendant. L’addiction s’opère à travers l’excitation que provoque le jeu en réseau. Deux sous-groupes de ce profil sont d’abord le jeu de combat, de logique et d’énigmes sur le réseau dans lequel le dépendant doit résoudre des problèmes en exerçant sa pensée obsessionnelle, puis, les jeux de hasard avec des casinos virtuels et loterie en ligne réservés à un profil identique à ceux qui jouent dans le monde réel et non virtuel. Le troisième profil de cyberdépendant est la cyber-épistémophilie. Je dois préciser que tout internaute traverse une phase de cyber-épistémophilie lors de ses premières prises de contact avec le web. Il y a un mélange de pensée magique infantile et la curiosité personnelle qui incite à surfer à travers la toile, un peu partout, jusqu’à ce que l’internaute débutant se spécialise dans ses recherches sur le web ; à la suite de cette spécialisation, l’internaute va de plus en plus consulter les sites en rapport avec ses centres d’intérêt. Il existe un profil cyberdépendant qui va plus loin, transpose cette phase sur quelque chose de plus morbide et constitue une addiction. Les sous-groupes de ce profil sont d’abord celui des sciences et technologies puis les passionnés de musique et de l’art. Les premiers sont à l’affût des nouvelles sur, par exemple, une ombre enregistrée sur la planète Mars par un télescope spatial, ou des avancées technologiques et des rumeurs qui sont associées à ces éléments; les pirates informatiques constamment à la recherche de décodage des systèmes informatiques protégés ou introduisant des virus informatiques dans les programmes, etc. Là, nous touchons le domaine de la légalité et de la cyber-délinquance. Le deuxième sous-groupe du profil cyber épistémophile est celui des passionnés de la musique, d’extraits de bandes sonores et d’actualités artistiques en général. Le 4ème et dernier profil cyberdépendant est le cybertalkdépendant. Sans doute majoritaire dans la cyberaddiction, ces personnes passent à un temps considérable sur les “chat”, les “news-group”, sur les logiciels de discussion du style ICQ, M S N messenger, Aol messenger, CU see me, etc. Je ne définis pas de sous-groupe pour ce dernier profil car ces cyberdépendants utilisent le plus souvent plusieurs de ces outils à la fois; c’est une recherche exacerbée de la communication avec les autres internautes. Paradoxalement si l’Internet permet de mieux vivre son isolement social, dans le cadre de ses cyberdépendants, ce “mieux vivre” facilite l’exclusion totale du corps de la recherche de communication et devient un facteur de renforcement pathologique. C’est vraiment très difficile à soigner car la claustration se renforce à mesure que l’isolement se prolonge.
Libé: Y-a-t-il une catégorie d’internautes qui soit disposée plus que d’autres à développer une cyberdépendance?
Jean-Charles Nayebi: C’est difficile de répondre précisément à cette question par manque de recul suffisant. En revanche, ce que l’on peut dire c’est que tout internaute ayant des troubles anxieux sous forme de prédisposition à la phobie sociale a plus de risques de développer une cyberdépendance, les jeunes et les personnes vivant seules étant les plus exposées.
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